Parution : 31 octobre 2013
« Le dépassement écologique » mondial est atteint

C’est en effet (à peu près) le 20 août dernier que l’humanité a « consommé » toutes les ressources naturelles renouvelables que la planète peut produire en 2013. Depuis, après avoir dépensé notre « budget » de l’année, nous vivons à crédit auprès de la « banque de la planète », celle qui renouvelle à son rythme les ressources naturelles utiles à la vie humaine, et d’autres écosystèmes. C’est-à-dire que nous pompons dans le stock, le patrimoine, les « fonds propres », en les épuisant chaque année un peu plus et un peu plus vite.

Ce titre n’a pas fait la « une » des grands médias. Il a certes besoin d’être décrypté, comme tout ce qui se fonde sur des indicateurs bourrés de conventions et de marges d’erreur, PIB en tête. Mais même avec ses limites, il a du sens et il devrait nous alerter, bien plus que les chiffres de la croissance, et autant que les chiffres du chômage, de la pauvreté d’un très grand nombre, et de l’extrême richesse d’un tout petit nombre. Car ce n’est pas tant « l’humanité » qui provoque l’épuisement des biens communs naturels vitaux qu’une fraction, pour l’instant dominante, celle qui prend les décisions de surexploitation et qui mène la danse de la démesure au nom de la « mystique de la croissance », pour reprendre le titre du livre récent de Dominique Méda.

Comment calcule-t-on cette date fatidique ? Tout repose sur un indicateur qui gagne en influence dans la société civile tout en étant rejeté par les « élites » économiques et politiques, à de rares exceptions près. C’est l’empreinte écologique (EE dans la suite du texte). Pour ceux et celles qui ne le connaissent pas, voici une analogie (qui a des limites) : si un groupe de personnes vivant autour d’un puits pompe chaque année 50 % d’eau en plus de la capacité naturelle de régénération de ce puits par les eaux souterraines, cela ne peut pas durer des années si ce groupe n’a pas d’autre puits ou d’autres ressources en eau. Et l’on pourra dire (moyennant des mesures, des estimations et des approximations) que c’est en gros le 1° septembre que ce collectif dépasse la capacité naturelle du puits à lui fournir de l’eau et donc qu’il commence à être en « déficit écologique » en eau, lequel déficit risque fort de se creuser si le collectif continue ainsi. Au point de le conduire à sa perte.
L’EE ne fait pas ce type de comptabilité pour l’eau (il existe un indicateur spécifique d’empreinte eau) mais pour six catégories de ressources dites renouvelables (il n’y a rien sur les énergies fossiles, les minerais, le nucléaire, les pollutions chimiques, celles de l’air en ville, etc). Mais ces six catégories sont celles qui pèsent le plus sur des surfaces de la planète productrices de ces ressources renouvelables : champs cultivés, pâturages, espaces forestiers exploités pour leur bois, surfaces de zones de pêche, espaces bâtis ou « artificialisés », et enfin – c’est le plus gros poste - surfaces de forêts capables de séquestrer le carbone que nous émettons.Cet indicateur convertit en hectares, à partir de constats scientifiques (donc entachés de marges d’erreurs à estimer), ce qu’une population, qui peut être celle de la planète, d’un pays, d’une ville, ou une seule personne, utilise comme ressources naturelles (les six catégories retenues) pour ses besoins de consommation et de rejets de gaz à effet de serre.

On peut ainsi estimer « combien de planètes » seraient nécessaires si tous les habitants du monde avaient le mode de vie des Français, avec les technologies actuelles. La réponse est de l’ordre de 2,8. L’empreinte écologique moyenne d’un Français est en effet d’environ 5 hectares. Or, il ne faudrait pas dépasser 1,8 hectare dans un monde où chaque habitant aurait un droit égal d’usage des ressources naturelles (celles qui sont comptabilisées dans l’EE). On peut aussi - cela existe, mais il faudrait le faire de façon plus systématique - s’intéresser aux inégalités d’EE non plus par pays (en faisant des moyennes nationales), mais par groupes sociaux au sein de chaque pays, ou dans le monde. Elles sont énormes, on s’en doute.

[lire l’intégralité de dossier dans le n°8 des Zindignées]

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