Parution : 12 avril 2014
Le PS, deuxième droite

Sur tous les fronts, le « capitaine de pédalo » dont Jean-Luc Mélenchon se gaussait alors que s’annonçait la « saison des tempêtes » va de l’avant, secondé par l’équipage solférinien, multipliant des initiatives et des mesures qui, au temps où la gauche était encore de gauche, auraient été jugées des plus « réactionnaires ».

Nous arrivons à un âge où il est de bon ton de se retourner sur l’histoire politique de son pays afin de porter un regard critique sur ses propres combats passés, présents et… futurs. Nous avons ce soir de second tour la nausée, car nous venons de perdre avec la défaite de quelques villes amies, comme Grigny, Vaulx-en-Velin des territoires d’expérimentations éco-socialistes ! Il ne suffit donc pas de mettre en œuvre des politiques de justice sociale et écologique ou de développer la démocratie participative, puisque les « gens de peu » ne votent plus, parce qu’ils confondent la gauche et l’écologie avec la « fausse gauche » et les « escrologistes ». Nous n’oublierons pas que dans ces villes co-organisatrices des Forums nationaux sur le ralentissement (ralentir la vi(ll)e) et la désobéissance, EELV porte une énorme responsabilité. En ayant choisi d’imposer une triangulaire à Grigny laissant ainsi la victoire à la vieille droite. En ayant retiré ses candidats de la liste de gauche entre les deux tours à Vaulx-en-Velin, créant ainsi la possibilité pour le Parti solférinien, cette nouvelle droite, de l’emporter. Ces « escrologistes » ont choisi ainsi d’en finir, par exemple, à Grigny avec les semis désobéissants, avec la monnaie locale, avec la restauration locale et bio, avec des comités de quartier votant 60 % du Budget d’investissement, avec la maison municipale de la santé, etc.

Nous nous réjouissons, en revanche, de la victoire dans le 1er arrondissement de Lyon de Nathalie Perrin-Gilbert, candidate soutenue par le Front de gauche et le GRAM, et qui avait sollicité notre appui face à la candidate EELV du Maire social-libéral Gérard Collomb. On nous répète qu’il faudrait se réjouir d’avoir encore en France un parti solférinien qui bataille dure avec la droite, comme lors du vote de la loi sur le mariage pour tous, alors que, dans tant d’autres pays, droite et gauche se partagent simplement les portefeuilles ministériels, comme par exemple en Allemagne entre CDU et SPD. Allons donc ! Il fut certes un temps où le parti socialiste tentait encore durant quelques mois de changer la société avant de capituler devant les forces de l’argent... Mais c’est une toute autre histoire qui s’écrit aujourd’hui, car si le Parti solférinien a abandonné tout projet socialiste, c’est parce que la contre-révolution conservatrice l’a changé au point d’en faire un autre parti !

Nous resterons les cocus de l’histoire tant que nous avaliserons la foutaise que le parti solférinien serait encore « socialiste » ou de « gauche », ou même moins pire que la droite. Le véritable visage de François Hollande, n’est pas celui du candidat racolant l’électeur de gauche en clamant que « le changement c’est maintenant » mais celui d’un idéologue qui a acté depuis longtemps la convergence avec la droite libérale. Le véritable François Hollande c’est celui qui écrivait en 2006 dans Devoirs de vérité : « C’est François Mitterrand –avec Pierre Bérégovoy – qui a déréglementé l’économie française et l’a largement ouverte à toutes les formes de concurrence. C’est Jacques Delors qui a été, à Paris comme à Bruxelles, l’un des bâtisseurs de l’Europe monétaire avec les évolutions politiques qu’elle impliquait sur le plan des politiques macroéconomiques. C’est Lionel Jospin qui a engagé les regroupements industriels les plus innovants quitte à ouvrir le capital d’entreprises publiques. Ce qui lui a été reproché. Cessons donc de revêtir des oripeaux idéologiques qui ne trompent personne. » (Devoirs de vérité, Stock, 2006). Oui Hollandréou a raison, ces oripeaux ne trompent plus depuis longtemps les milieux d’affaires et le Medef, mais ils trompaient encore les milieux populaires qui finissaient toujours par voter « socialiste ». Mais c’est fini, même le peuple de gauche, pourtant si crédule, ne croit plus dans ces oripeaux et il se réfugie désormais dans l’abstention lorsque la vraie gauche de rupture est absente !

Nous ne pourrons donc refonder un espoir que si nous cultivons notre autonomie, c’est ce que prouve le succès des listes autonomes du Front de gauche par rapport aux listes inféodées. Nous devons aussi aller encore plus loin dans la construction de nos alternatives : il ne suffit pas, par exemple, de construire des maisons municipales de la santé si elles ne bénéficient qu’aux seuls pauvres qui ne votent pas ; nous devons, au contraire, en faire des laboratoires pour inventer une autre médecine capable de mobiliser au-delà des seuls naufragés.

Aux timorés qui clament que nous n’avons pas le droit de nous reconnaître d’adversaires à gauche, nous devons demander : comment faire lorsque cette « gauche placebo » (pour reprendre l’heureuse formule de Benoît Hamon au sujet du PS) devient ouvertement une deuxième droite, comme l’écrivent si bien Jean-Pierre Garnier et Louis Janover ? Oui, comment s’allier avec cette « deuxième droite » alors qu’il nous faudrait être encore plus de gauche pour répondre aux enjeux sociaux et écologiques du moment ! Ne nous leurrons pas : il n’y aura pas de virage à gauche de ce gouvernement car le PS n’en est plus capable ! Votre mensuel poursuit avec cette livraison son travail de réflexion politique : « Le PS, deuxième droite », comme on parlait jadis de « deuxième gauche ». On nous rétorquera qu’il s’agit d’une provocation ! Oui, mais d’une provocation salutaire à penser en dehors des clous.

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Paul Ariès
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